Loin de ces paradis énigmatiques David Weishaar déroule un autre film, celui de sa vie, de ses rencontres, de son entourage mais également d’engagements sociétaux forts. Il épouse en effet  la cause LGBT laquelle impacte autant sa vie que son art. Ce choix affirmé, aussi militant soit-il, est également un parti-pris esthétique qui de prime abord ne rime pas avec le vocabulaire des luttes. Ici plus que jamais l’expression «un tableau peut en cacher un autre» prend tout son sens.  

Chacune des toiles de David Weishaar constitue un éloge à la délicatesse, une ode à la douceur, à une transgression inavouée dans un monde qui fait assez peu cas à une certaine idée du bonheur. Cette revendication est volontairement diaphane, transparente comme il souhaiterait que soit sa vie. Pourquoi devrait-on revenir à l’adage «pour vivre heureux vivons cachés» ? Pourquoi la pureté et l’expression d’un désir pudique seraient-elles l’apanage d’une époque révolue ? L’artiste, jeune trentenaire heureux et bien ancré dans son temps, nous invite à ce questionnement. A l’ECAL de Lausanne, le jeune étudiant en art qu’il était faisait déjà figure d’OVNI mais il a su cultiver sa différence avec une opiniâtreté personnelle et artistique. Au pays de l’abstraction géométrique il ne fait pas toujours bon être un peintre figuratif !  

Chaque tranche de vie, chaque histoire qu’il nous raconte sont des actes de dissidence par rapport au diktat des codes et normes qui sévissent autant dans le quotidien que dans le monde de l’art. Si Francis Bacon et Luc Tuymans sont ses artistes de référence, David Weishaar est assez éloigné de leur univers pictural. Il signe le sien avec des compositions aussi éthérées que réalistes, des corps et des visages idéalisés qui sont autant de symboles de l’intemporalité de sa production.

Floréal Duran, critique d’art et directeur artistique, Journal Libération. Paris

Si à première vue nous serions tentés d’employer un vocabulaire propre au médium photographique pour

décrire l’univers pictural de David Weishaar, cela limiterait bien son geste artistique. En effet, à l’image d’une

image photographique les peintures de David semblent avoir été comme « surexposées » : les détails disparaissent

dans la matière et les surfaces sont aplanies par une lumière éblouissante, gommant tout sur son

passage. Pour autant, l’artiste, avec sa pratique picturale, vient en donner une tout autre dimension et force.

Proche de ses sujets, les personnages sont souvent présentés frontalement à nous. Si l’artiste nous fait alors

à priori le récit de sa vie, David Weishaar parvient toujours à nous maintenir à distance de ses sujets en jouant

de ses contrastes chromatiques et lumineux. C’est au moyen de touches de couleurs vives et d’aplats colorés,

brossant certains de ses fonds, que l’artiste donne vie à ses scènes et nous offre un certain accès à ses

représentations. Entre figuration et abstraction, l’oeuvre de David Weishaar danse subtilement.

C’est aussi une invitation au rêve que l’artiste parvient à matérialiser. Car, déchargées de toutes prises avec

le réel, notre esprit vagabonde librement à travers sa palette de couleurs oniriques et ses sujets évanescents.

C’est à mon sens ici la grande force et la dextérité de l’artiste David Weishaar.


Elsa Meunier, magazine Dans Les Yeux D'Elsa et consultante en art. Paris

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